Mon enfant fait des colères : comprendre ce qui se passe (chez lui… et chez vous)
- Marie Laviolette

- 26 avr.
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 1 juil.

Vous sentez la tension monter dès les premiers signes.
Votre enfant fronce les sourcils.
Sa voix change.
Vous savez ce qui va arriver.
Alors vous essayez d'anticiper.
Vous expliquez.
Vous négociez.
Vous détournez son attention.
Parfois, vous cédez avant même qu'il ne demande parce que vous redoutez la crise.
Et malgré tous vos efforts... elle éclate quand même.
Si vous avez cherché « mon enfant fait des colères », il y a de fortes chances que vous soyez épuisé.
Pas seulement par les cris mais par cette sensation de vivre constamment sur le qui-vive.
Comme si votre quotidien était rythmé par la peur de la prochaine explosion.
Avant d'aller plus loin, j'aimerais vous dire une chose.
Les colères de votre enfant ne racontent pas seulement quelque chose de lui.
Elles racontent souvent quelque chose de votre relation.
Et parfois aussi... quelque chose de votre propre histoire.
Les colères sont-elles normales chez un enfant ?
Oui, enfin parfois on parle de colère pour désigner du stress ou une surstimulation.
Les explosions font partie du développement normal particulièrement entre deux et six ans en réponse à un environnement.
Pourquoi ?
Parce que le cerveau d'un jeune enfant est encore en train de construire les compétences qui permettent de :
attendre ;
gérer une frustration ;
contrôler ses impulsions ;
exprimer ses émotions avec des mots ;
accepter qu'une réalité soit différente de son envie.
Lorsqu'il perd ces compétences sous l'effet d'une émotion intense, son comportement peut devenir spectaculaire.
Il crie.
Il pleure.
Il tape parfois.
Il se roule au sol.
Vu de l'extérieur, cela peut donner l'impression qu'il exagère.
En réalité, son cerveau est momentanément débordé.
Une "colère" n'est pas un caprice
C'est probablement la confusion que je rencontre le plus souvent.
Nous utilisons parfois le mot "caprice" pour parler d'une émotion qui nous semble disproportionnée. Pourtant, une colère est rarement une stratégie consciente destinée à manipuler les adultes.
Elle est le plus souvent l'expression d'un système nerveux qui n'arrive plus à gérer ce qu'il est en train de vivre. Cela ne signifie pas que toutes les demandes de l'enfant doivent être satisfaites, cela signifie simplement que le comportement mérite d'être compris avant d'être corrigé.
Pourquoi votre enfant fait-il une "colère" ?
Une "colère" peut avoir de nombreuses origines.
Par exemple :
une fatigue importante ;
une faim qui s'installe ;
une frustration ;
une attente trop longue ;
une journée riche en stimulations ;
un changement de routine ;
un besoin d'autonomie ;
un sentiment d'injustice.
Parfois, plusieurs de ces facteurs s'additionnent.
Le fameux refus de la pomme coupée en 4 plutôt qu'en deux, ce n'est alors que la goutte d'eau qui fait déborder un verre déjà bien rempli.
Mon enfant de 2 ans fait des colères
Vers deux ans, les colères peuvent être impressionnantes.
Votre enfant découvre qu'il est une personne différente de vous, il a des envies très fortes mais il ne possède pas encore les compétences nécessaires pour les gérer.
C'est pourquoi cette période est souvent marquée par de nombreux « non ».
Votre enfant ne cherche pas à gagner un combat, il cherche à exister.
Mon enfant de 3 ans fait des crises pour tout
C'est l'une des phrases que j'entends le plus souvent en consultation.
À cet âge, le cerveau émotionnel est encore très immature.
Votre enfant peut passer en quelques secondes :
du rire aux pleurs,
de la joie à la colère,
de l'enthousiasme à la frustration.
Cette intensité est fatigante mais elle est également normale.
Mon enfant de 5 ans fait encore des "colères" / crises
Beaucoup de parents s'inquiètent :
« À son âge, il devrait pourtant savoir se contrôler. »
En réalité, connaître une règle et réussir à l'appliquer lorsque l'on est débordé émotionnellement sont deux compétences très différentes.
Votre enfant sait probablement déjà beaucoup de choses mais lorsqu'il est submergé, il perd momentanément l'accès à ces compétences. Comme cela peut aussi nous arriver, adultes, lorsque nous sommes très stressés.
Pourquoi les "colères" de votre enfant vous bouleversent autant
C'est ici que les choses deviennent particulièrement intéressantes.
Deux parents peuvent vivre exactement la même scène.
L'un restera relativement calme.
L'autre aura immédiatement le cœur qui s'emballe.
Pourquoi ?
Parce que la colère de votre enfant ne rencontre pas seulement votre patience.
Elle rencontre aussi votre histoire.
Peut-être avez-vous grandi dans une famille où les émotions n'avaient pas leur place.
Peut-être qu'au contraire, les conflits étaient permanents.
Peut-être avez-vous appris très tôt qu'il fallait être sage, discret ou ne jamais déranger.
Alors, lorsque votre enfant explose, une partie de vous réagit bien avant votre réflexion.
Votre système nerveux cherche à retrouver de la sécurité.
Et il peut le faire de différentes façons :
en criant,
en cédant,
en punissant,
ou en essayant d'empêcher les colères à tout prix.
Autrement dit, les crises de votre enfant parlent parfois autant de votre propre système nerveux que du sien.
Ce que votre enfant attend de vous pendant une colère
Contrairement à ce que l'on imagine parfois, votre enfant n'attend pas que vous supprimiez son émotion. Il a surtout besoin de sentir que quelqu'un est capable de rester stable pendant qu'il traverse la tempête.
Imaginez un phare.
Le phare ne calme pas la mer.
Il ne fait pas disparaître les vagues.
Mais il reste présent.
Visible.
Prévisible.
C'est exactement ce que recherche le cerveau d'un enfant lorsqu'il est débordé.
Pas un parent parfait.
Un parent suffisamment stable.
Que faire pendant une colère ?
Avant toute chose, assurez la sécurité.
Si votre enfant risque de se blesser ou de blesser quelqu'un, intervenez calmement.
Puis, souvenez-vous qu'un enfant en pleine crise n'est généralement pas disponible pour apprendre.
Ce n'est donc pas le meilleur moment pour :
faire un long discours ;
rappeler toutes les règles de la maison ;
demander des excuses ;
expliquer pourquoi il a tort.
Son cerveau est occupé à retrouver un équilibre.
Votre priorité est donc de l'accompagner dans ce retour au calme.
Vous pouvez par exemple :
rester physiquement présent si votre enfant l'accepte ;
parler doucement ;
mettre des mots simples sur ce qu'il semble vivre ;
attendre que l'intensité émotionnelle redescende avant de chercher des solutions.
Et après la colère ?
C'est souvent après la tempête que l'apprentissage devient possible.
Vous pouvez revenir sur ce qui s'est passé.
Chercher ensemble :
ce qui a déclenché la colère ;
ce que chacun a ressenti ;
ce qui pourrait aider la prochaine fois.
C'est aussi le moment où votre enfant construit progressivement de nouvelles compétences. Il n'apprend pas seulement à "ne plus faire de colère".
Il apprend à reconnaître ses émotions.
À demander de l'aide.
À tolérer les frustrations.
À réparer lorsque cela est nécessaire.
Les erreurs les plus fréquentes
Lorsque les colères deviennent répétitives, beaucoup de parents oscillent entre trois stratégies.
La première consiste à crier.
Parce qu'ils sont eux-mêmes à bout.
La deuxième consiste à céder.
Parce qu'ils veulent que la crise s'arrête le plus vite possible.
La troisième consiste à vouloir convaincre.
En expliquant longuement pourquoi leur enfant devrait se calmer.
Aucune de ces réactions ne fait de vous un mauvais parent.
Elles montrent simplement que vous aussi, vous êtes en difficulté à ce moment-là.
Et si vous n'en pouviez plus ?
C'est une phrase que j'entends souvent.
« Je redoute les colères avant même qu'elles commencent. »
Si c'est votre cas, sachez une chose.
Vous n'avez pas seulement besoin que votre enfant change. Vous avez aussi besoin d'un espace où comprendre ce que ces situations réveillent chez vous.
Un parent soutenu devient plus disponible pour soutenir son enfant et cela change souvent beaucoup plus de choses que toutes les astuces trouvées sur Internet.
FAQ – Mon enfant fait des colères
Est-il normal qu'un enfant fasse plusieurs colères par jour ?
Oui, surtout entre deux et six ans. La fréquence dépend de nombreux facteurs : le tempérament de l'enfant, sa fatigue, son développement et le contexte familial.
Faut-il ignorer une colère ?
Non. Il est préférable d'accompagner l'émotion tout en maintenant les limites nécessaires à la sécurité.
Mon enfant fait des colères uniquement avec moi. Pourquoi ?
Parce que vous êtes probablement sa figure d'attachement principale. Il se sent suffisamment en sécurité avec vous pour exprimer les émotions qu'il retient parfois ailleurs.
À partir de quand faut-il consulter ?
Lorsque les colères deviennent très fréquentes, très intenses, qu'elles s'accompagnent d'une souffrance importante ou que vous avez le sentiment de ne plus savoir comment les accompagner.
Vous n'avez pas besoin d'éteindre toutes les tempêtes
Les colères font partie de l'enfance.
Elles ne sont pas un signe d'échec.
Elles ne sont pas non plus une preuve que votre enfant est mal élevé.
En revanche, elles peuvent devenir extrêmement éprouvantes lorsque vous les traversez seul. Dans mes accompagnements, nous ne cherchons pas à faire disparaître toutes les colères.
Nous cherchons à comprendre ce qui les déclenche, ce qu'elles racontent de votre enfant, ce qu'elles réveillent chez vous et comment retrouver un quotidien plus serein.
Au fond, une colère / une crise n'est pas seulement un comportement à arrêter.
C'est souvent une compétence en train de se construire et lorsque les parents comprennent cela, leur regard sur leur enfant... et sur eux-mêmes... commence souvent à changer.
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