Mon enfant fait une crise quand j'éteins les écrans : comprendre ce qui se passe (et comment réagir sans crier)
- Marie Laviolette

- 7 janv. 2025
- 10 min de lecture
Dernière mise à jour : 1 juil.

Vous annoncez la règle avant de commencer.
« Tu as le droit à deux épisodes. Ensuite, on éteint la télévision. »
Votre enfant acquiesce, il semble parfaitement d'accord.
Le deuxième épisode se termine alors vous prenez la télécommande et soudain...
Votre enfant fait une crise pour allonger le temps d'écran.
Les larmes arrivent.
Les négociations commencent.
« Encore un ! »
« Juste cinq minutes ! »
« C'est pas juste ! »
Parfois, la colère explose et vous vous retrouvez à vous demander :
« Pourquoi est-ce qu'il réagit comme ça alors qu'il connaissait la règle ? »
Beaucoup de parents finissent par conclure :
« Les écrans le rendent accro. »
Ou encore :
« Il teste mes limites. »
Pourtant, dans la majorité des situations, il se passe quelque chose de beaucoup plus intéressant et surtout, beaucoup plus rassurant.
Votre enfant ne vous montre pas forcément qu'il est incapable de respecter une règle.
Il vous montre qu'il est encore en train d'apprendre une compétence extrêmement difficile : supporter qu'une chose agréable s'arrête.
Mon enfant fait une crise quand j'éteins la télévision : est-ce normal ?
Oui.
Dans une certaine mesure, c'est même très fréquent.
Les crises au moment d'éteindre la télévision, la tablette ou la console concernent énormément de familles.
Ce n'est pas parce que les parents manquent d'autorité.
Ce n'est pas parce que les enfants d'aujourd'hui seraient plus capricieux.
C'est parce que les écrans réunissent plusieurs éléments auxquels le cerveau humain est naturellement sensible et les cerveaux des enfants encore davantage. Avant de chercher comment éviter la crise, il est donc utile de comprendre ce qui se passe réellement.
Pourquoi les écrans sont-ils si difficiles à arrêter ?
Imaginez.
Vous êtes installé confortablement dans votre canapé.
Vous regardez une série passionnante.
Vous êtes détendu.
Vous n'avez aucun effort particulier à fournir.
Puis quelqu'un arrive et vous dit :
« C'est terminé. Maintenant tu vas vider le lave-vaisselle, préparer le dîner et répondre à tes mails. »
Il y a fort à parier que la transition vous paraisse un peu brutale.
Pour votre enfant, c'est exactement la même chose. Lorsqu'il regarde un dessin animé, il est plongé dans un univers où tout est pensé pour capter son attention.
Les personnages sont attachants.
Le rythme est rapide.
Les couleurs sont vives.
Les émotions sont fortes.
Tout est prévisible, tout est confortable.
Et surtout... il n'a quasiment aucun effort à fournir.
Quand l'écran s'éteint, il ne quitte pas seulement un dessin animé.
Il quitte un environnement extrêmement agréable pour revenir dans un monde où il faut :
ranger ;
partager ;
attendre ;
supporter l'ennui ;
gérer les frustrations ;
respecter les règles.
Autrement dit, la difficulté n'est pas seulement d'éteindre l'écran.
La difficulté est de changer complètement d'environnement.
Mon enfant est-il accro aux écrans ?
C'est probablement la question que les parents me posent le plus souvent.
Et la réponse est rarement aussi simple que "oui" ou "non".
Le fait qu'un enfant pleure lorsque l'on éteint la télévision ne signifie pas automatiquement qu'il souffre d'une addiction. En réalité, beaucoup d'enfants réagissent ainsi parce qu'ils aiment profondément ce qu'ils sont en train de vivre.
Votre enfant ne pense pas :
« Je vais manipuler mes parents pour regarder un épisode de plus. »
Il pense plutôt :
« J'aimerais tellement que ce moment continue. »
La différence peut sembler subtile.
Pourtant elle change complètement notre manière de réagir. Nous ne répondons plus à une provocation, nous accompagnons une frustration.
Pourquoi arrêter une activité agréable est si difficile pour un enfant ?
Votre enfant est capable de comprendre énormément de choses.
Il comprend les règles.
Il comprend les explications.
Il comprend que deux épisodes signifient... deux épisodes.
Mais comprendre une règle et réussir à la respecter lorsque l'émotion monte sont deux compétences très différentes.
Son cerveau est encore en train d'apprendre à :
interrompre une activité plaisante ;
différer un plaisir ;
contrôler ses impulsions ;
tolérer une frustration.
Ces compétences se développent progressivement tout au long de l'enfance et même chez les adultes, elles ne sont pas toujours simples.
Après tout...
Combien d'entre nous se couchent parfois plus tard que prévu parce qu'ils voulaient regarder « juste un dernier épisode » ?
Mon enfant de 3 ans fait une crise quand j'éteins les écrans
Entre deux et quatre ans, la frustration est particulièrement difficile.
Votre enfant découvre qu'il a des envies très fortes mais il ne possède pas encore les outils pour les gérer. Lorsque vous éteignez l'écran, il ne pense pas :
« Maman est injuste. »
Il ressent surtout :
« Je voulais continuer. »
Et cette émotion envahit tout son corps.
À cet âge-là, il ne sait pas encore prendre du recul, il ne sait pas encore se dire :
« Je regarderai demain. »
Son cerveau vit davantage dans l'instant présent.
C'est pourquoi les crises peuvent sembler si intenses.
Mon enfant de 5 ans refuse toujours d'éteindre la télévision
Vers cinq ou six ans, les choses évoluent.
Votre enfant comprend beaucoup mieux le fonctionnement des règles mais cela ne signifie pas que les frustrations deviennent faciles.
Il peut parfaitement répondre :
« D'accord. »
Au début du dessin animé puis vouloir un troisième épisode une fois les deux premiers terminés.
Pourquoi ?
Parce que les émotions prennent parfois le dessus sur ce qu'il sait déjà.
Il ne manque pas de volonté.
Il manque encore d'entraînement.
Et c'est précisément ce que ces situations lui permettent de construire.
Mon enfant de 8 ans négocie sans arrêt
À partir de sept ou huit ans, les crises changent souvent de forme.
Les pleurs diminuent, les arguments apparaissent.
« Cet épisode n'est pas fini. »
« Tous mes copains ont plus de temps. »
« Tu avais dit qu'aujourd'hui c'était les vacances. »
Votre enfant ne cherche pas forcément à vous défier, il essaie surtout de repousser le moment où il devra vivre cette frustration.
Et soyons honnêtes...
Les adultes font exactement la même chose.
« Je commencerai mon régime lundi. »
« Encore cinq minutes sur mon téléphone. »
Notre cerveau adore différer les situations inconfortables.
Celui des enfants encore davantage.
Le piège dans lequel tombent beaucoup de parents
Face aux protestations, nous avons souvent deux réflexes.
Le premier consiste à céder.
« Bon... un dernier épisode. »
Sur le moment, cela apaise tout le monde.
Mais votre enfant apprend alors malgré lui que la règle est négociable si l'on proteste suffisamment.
Le second réflexe consiste à vouloir convaincre.
Nous expliquons.
Nous argumentons.
Nous faisons la morale.
Nous cherchons à obtenir son accord.
Or lorsque votre enfant est déjà envahi par sa frustration, son cerveau n'est plus vraiment disponible pour entendre un long discours.
Ce dont il a le plus besoin à cet instant, ce n'est pas d'être convaincu, c'est d'être accompagné.
Comment poser une limite sans entrer dans une lutte de pouvoir ?
L'une des plus grandes erreurs consiste à croire que notre mission est de faire accepter la règle. En réalité, votre rôle est tout autre.
Votre mission est d'aider votre enfant à supporter la règle.
Imaginons cette situation, vous aviez annoncé :
« Deux épisodes, puis on éteint. »
Les deux épisodes sont terminés.
Votre enfant réclame un troisième.
Vous pourriez simplement répondre :
« Tu aimerais continuer parce que tu passes un très bon moment. Je comprends. Et en même temps, nous avions dit deux épisodes. Je vais t'aider à respecter cette règle. »
En quelques phrases, vous faites trois choses essentielles :
vous reconnaissez son envie ;
vous maintenez le cadre ;
vous vous positionnez comme un soutien plutôt que comme un adversaire.
Vous n'essayez pas de supprimer sa frustration.
Vous l'aidez à la traverser.
Vous n'avez pas besoin de supprimer toutes les frustrations de votre enfant
C'est probablement l'idée la plus importante de cet article.
Lorsque votre enfant pleure parce que l'écran s'éteint, beaucoup de parents ressentent immédiatement le besoin de faire disparaître cette émotion.
Pourtant, la frustration n'est pas une erreur, elle fait partie de la vie.
Votre enfant la rencontrera toute son existence.
Il ne pourra pas toujours :
continuer ce qu'il aime ;
obtenir ce qu'il souhaite ;
gagner ;
passer devant les autres.
L'objectif de votre rôle de parent n'est donc pas d'éviter toutes les frustrations.
L'objectif est de lui apprendre progressivement qu'il est capable de les vivre... sans qu'elles détruisent la relation avec vous.
Ce que votre enfant apprend lorsque vous gardez la limite
Lorsque les parents lisent ce type de situation, ils me disent souvent :
« Oui mais... au final il est quand même en colère. »
Et ils ont raison.
Votre enfant est en colère.
Il aurait préféré continuer.
La frustration est bien là.
Mais c'est précisément parce qu'elle est là qu'il apprend.
Votre objectif n'est pas de faire disparaître toutes les émotions désagréables de votre enfant.
Votre objectif est de lui montrer qu'il est capable de les traverser.
À chaque fois que vous gardez une limite tout en restant présent, votre enfant construit peu à peu des compétences qui lui serviront toute sa vie.
Il apprend notamment que :
une frustration n'est pas dangereuse ;
une émotion intense finit toujours par redescendre ;
il est possible d'être en colère sans casser la relation ;
les règles restent les mêmes même lorsque les émotions changent.
C'est un apprentissage immense qui il dépasse largement la question des écrans.
« Je comprends » ne veut pas dire « je cède »
Beaucoup de parents ont peur qu'en validant les émotions de leur enfant, ils donnent l'impression de céder. En réalité, c'est exactement l'inverse.
Prenons ces deux situations.
Situation n°1
« Arrête de pleurer.
Tu savais qu'il n'y avait que deux épisodes.
Tu fais un caprice. »
Votre enfant apprend surtout une chose :
« Mes émotions dérangent. »
Situation n°2
« Tu es vraiment déçu parce que tu voulais continuer.
Je comprends. Et en même temps, aujourd'hui nous avions prévu deux épisodes. »
Votre enfant entend alors deux messages essentiels :
mes émotions sont légitimes ;
la règle reste la même.
Autrement dit :
Vous accueillez le ressenti.
Vous ne changez pas le cadre.
Et c'est cette combinaison qui aide réellement un enfant à grandir.
Les phrases qui peuvent vous aider au moment où vous éteignez l'écran
Quand les émotions montent, il est souvent difficile de trouver les bons mots.
Voici quelques formulations simples que vous pouvez adapter.
Lorsque votre enfant réclame un épisode supplémentaire :
« Je sais que tu aimerais continuer. Bluey est vraiment chouette à regarder. »
Puis :
« Aujourd'hui nous avions prévu deux épisodes. Je vais t'aider à respecter cette règle. »
S'il proteste :
« Tu as le droit d'être en colère. Moi je reste avec toi. »
Ou encore :
« C'est difficile quand quelque chose qu'on aime se termine. »
Remarquez que ces phrases ne cherchent jamais à convaincre votre enfant que la règle est agréable.
Elles cherchent seulement à l'aider à la vivre.
Les erreurs les plus fréquentes au moment d'arrêter les écrans
Entrer dans une négociation interminable
Lorsque la règle était claire dès le départ, la renégocier en pleine frustration fonctionne rarement.
Votre enfant n'écoute plus vraiment vos arguments.
Son cerveau cherche surtout une solution pour continuer.
Faire un long discours
Sous l'effet d'une émotion intense, le cerveau apprend peu.
Plus vos explications sont longues, moins elles ont de chances d'être entendues.
Quelques phrases courtes seront souvent beaucoup plus efficaces.
Se mettre en colère parce que votre enfant est en colère
C'est probablement le piège le plus difficile.
Votre enfant perd son calme.
Vous perdez le vôtre.
Puis chacun nourrit les émotions de l'autre.
À ce moment-là, le sujet n'est plus l'écran.
Le sujet devient la lutte de pouvoir.
Supprimer définitivement les écrans après chaque crise
Il peut être tentant de conclure :
« Puisque tu réagis comme ça, tu n'auras plus jamais de télévision. »
Mais la plupart du temps, le problème n'est pas l'existence des écrans.
Le problème est la compétence encore immature qui consiste à arrêter une activité agréable.
Supprimer toutes les occasions de s'entraîner n'aide pas toujours votre enfant à développer cette compétence.
Et si cette situation parlait aussi de vous ?
C'est ici que beaucoup de parents me disent :
« Je n'avais jamais vu les choses comme ça. »
Parce que lorsque votre enfant hurle devant un écran qui s'éteint...
Il ne se passe pas quelque chose uniquement chez lui.
Il se passe aussi quelque chose chez vous.
Peut-être que vous êtes fatigué.
Peut-être que vous avez peur du regard des autres.
Peut-être que vous culpabilisez de proposer des écrans.
Ou peut-être que les cris de votre enfant réveillent votre propre histoire.
Car beaucoup de parents que j'accompagne ont grandi avec des phrases comme :
« Arrête de pleurer. »
« Tu fais des histoires pour rien. »
« Tu obéis, point. »
Alors, lorsque leur propre enfant explose, une partie d'eux hésite.
Dois-je reproduire ce que j'ai connu ?
Ou faire complètement l'inverse ?
Le problème est que, lorsque nous sommes nous-mêmes débordés émotionnellement, il devient beaucoup plus difficile d'aider notre enfant à retrouver son calme.
C'est pourquoi accompagner un enfant, c'est aussi parfois apprendre à accompagner le parent que nous sommes devenus.
Les écrans ne sont pas le vrai sujet
Cette idée est importante.
Les écrans sont souvent le décor, le véritable sujet est ailleurs.
Aujourd'hui, c'est la télévision.
Demain, ce sera :
quitter un copain ;
arrêter de jouer ;
ranger un jeu de société ;
sortir de la piscine ;
rentrer du parc ;
éteindre son téléphone à l'adolescence.
À chaque fois, votre enfant rencontrera la même compétence :
supporter que quelque chose d'agréable prenne fin.
Les écrans sont simplement une excellente occasion de l'entraîner.
FAQ – Mon enfant fait une crise quand j'éteins les écrans
Est-ce normal qu'un enfant pleure lorsque l'on éteint la télévision ?
Oui. Beaucoup d'enfants vivent difficilement la transition entre une activité très agréable et le retour aux activités du quotidien. Cette réaction ne signifie pas forcément qu'ils sont "accros" aux écrans.
Mon enfant est-il dépendant aux écrans ?
Pas nécessairement. Aimer une activité et être frustré lorsqu'elle s'arrête est un fonctionnement normal. Si les écrans occupent une place très importante dans la vie de votre enfant ou entraînent des difficultés dans plusieurs domaines de son quotidien, il peut être utile d'en parler avec un professionnel.
Faut-il supprimer complètement les écrans lorsqu'un enfant fait une crise ?
Pas forcément. Dans beaucoup de situations, le véritable enjeu est d'accompagner l'apprentissage de la frustration plutôt que d'interdire définitivement les écrans.
Comment annoncer la fin des écrans ?
Les transitions sont généralement plus faciles lorsqu'elles sont prévisibles.
Expliquez la règle avant de commencer :
« Tu as le droit à deux épisodes. Ensuite, nous éteindrons ensemble. »
Puis appliquez calmement ce qui avait été annoncé.
À partir de quel âge un enfant peut-il gérer seul son temps d'écran ?
Cela dépend de nombreux facteurs : son âge, son développement, son tempérament et le contexte. Avant l'adolescence, la plupart des enfants ont encore besoin que les adultes les accompagnent dans cette régulation.
En résumé
Lorsque votre enfant pleure parce que vous éteignez les écrans, il ne vous montre pas forcément qu'il est mal élevé.
Il vous montre souvent qu'il est encore en train d'apprendre à gérer une frustration.
Cette compétence ne s'acquiert ni en une journée, ni en un week-end.
Elle se construit, petit à petit, au fil de centaines de situations du quotidien.
Chaque fois que vous :
annoncez un cadre clair ;
maintenez calmement cette limite ;
accueillez son émotion sans céder à la lutte de pouvoir ;
vous ne lui apprenez pas seulement à arrêter un dessin animé.
Vous lui apprenez progressivement à supporter qu'une chose agréable prenne fin.
Et cette compétence lui sera utile toute sa vie.
Parce qu'en grandissant, il devra apprendre à gérer bien d'autres frustrations que l'arrêt d'un épisode de Bluey (ou autre !)
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